13 avril 2008
Le métro
« Les hommes éveillés n'ont qu'un monde, mais les hommes
endormis ont chacun leur monde. »
Héraclite
"Pour le petit parisien, il existe un instant crucial initiatique, c'est celui où, ayant compris le système des correspondances du métro, il contemple le petit rectangle de carton qui lui livre l'immense labyrinthe et avec lui toute la ville.»
Michel
Tournier extrait d'A l'ombre d'une de ces entrées
Rats, souris et souriceaux se posent des
questions tandis que les humains ont pris possession du lieu de prédilection
des rongeurs qu’est le souterrain. « N’y a-t-il plus assez de place à la
surface pour qu’ils empiètent sur notre territoire ? » se disent-ils
peut-être dans leur galerie gigogne ! Et tous les jours c’est le même cirque.
Des milliers de gens trainent leurs pieds et leurs valises dans ce gigantesque
« trou à rat » pour se rendre on ne sait où. Enfin, si, on sait à peu
près, Richelieu, Saint-Sulpice, Montparnasse-Bienvenüe… au choix !
Mais si tous les rats se ressemblent, les gens
qui fréquentent le métro parisien sont loin d’être semblables et ont encore
moins la même tête, c’est marrant ! On voit toutes les nuances de
couleurs, du blanc (de ma peau dans les transports en commun) au rouge (de mes
yeux à cause de la « lumière » qui y règne) en passant par le jaune
(dû à l’éclairage) et enfin le noir sombre des tunnels et le noir jovial de la
communauté africaine qui paradoxalement amène la plus grande variété de
couleurs de par leur habits multicolores. Ah, le monde entier se trouve dans le
métro, un petit concentré de planète bleue illuminée par des étoiles de néons. Aucune
frontière ne sépare les populations, et d’ailleurs, dans ce « grand
pays » où la densité de population est la plus importante, il n’existe
même plus l’espace vital… vital à chacun. Bienvenus en Promiscuité !
C’est peut-être pour oublier ce manque d’espace
qu’on s’ignore sans s’ignorer, se regarde sans se regarder. On est ici mais on
est ailleurs… Dès qu’on a mis un pied sur le sol maintes fois foulé du wagon du
métro, nous, usagers (les « usés » pour certains), nous adonnons à de
drôles de rituels et autres méditations, le summum de la rêvasserie : on
se bouche les oreilles de musique, on plonge tête la première dans les pages
cornées d’un bouquin qui ne voit que la lumière du matin et du soir, ou on
regarde à travers la vitre, quand on a la chance d’être près de la fenêtre ou
ses pieds quand on est debout en leur disant « Ne vous inquiétez pas,
encore six stations! ». On quitte tous les désagréments du monde physique
pour n’être plus qu’un esprit pensant car l’esprit est libre d’aller où il
veut, lui… L’espace confiné est donc une invitation au voyage sans carte
Navigo ! Leur corps, lui, se laisse transporter d’une station à l’autre
sans trop savoir où il est mais qu’il ne s’inquiète pas, l’esprit ne se perd
pas au point de rater un arrêt…
Quand on sort du wagon, ou plutôt de l’espèce
d’utérus collectif qu’a été le nôtre le temps d’un trajet, on revient de sa
pseudo-NDE un peu groggy -content de retrouver quelques molécules d’air
salvatrices- et on entame le chemin qui nous amène à la renaissance. Mais avant
de voir le jour (ou la nuit), les pas qui nous guident nous révèlent un monde étrange, digne d’un songe d’une nuit
des quatre saisons ! Chaque galerie repose sur un rêve dont
l’espace-temps n’est pas d’une évidence immédiate : la direction Tel vous
conduira dans les bas-fonds de la misère alors que la direction Untel vous
emmènera directement à l’opéra, représenté par dix musiciens concertistes en
pleine élucubration Mozartienne. N’est-ce pas magique !
Mais surtout, quel espace agréable lorsque l’on
cherche la petite bête ! Quelles lumières inspiratrices que celles du
grand tube effervescent ! Quelles scènes… bref. Le métropolitain autrement
bon…
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