14 avril 2008
Histoires d'objets
« N'importe quel objet peut être un objet d'art pour peu qu'on l'entoure d'un cadre. »
Boris Vian
« Il est des esprits semblables à ces miroirs convexes ou concaves qui représentent les objets tels qu'ils les reçoivent, mais qui ne les reçoivent jamais tels qu'ils sont. » Joseph Joubert extrait de Carnets
Ils sont là, muets. Ils sont là, posés, jetés. Ils sont là, oubliés, abandonnés, reniés. Mais ils n’ont rien à faire « là »! « Là » n’est pas leur place, ceux qui passent par « là » n’ont rien à faire d’eux! « Eux » qui rêvaient d’une meilleure fin que celle qu’on leur a destinée… Car si nous, humains, nous posons des questions sur notre destinée, « eux » n’ont aucun choix. Ils sont fabriqués pour une utilité mais peuvent être détruits de multiples façons une fois saignés de leur but. Aucune importance, ils ne pensent pas… Pourtant, ils sont.
Ils existent par leur présence. Même s’ils sont vidés de leur essence, même si on ne leur trouve plus aucune utilisation, ils sont désormais emplis de toute autre chose, éminemment plus enthousiasmant et révélateur. Ils ont une histoire… Mieux… Ils ont un secret! Comment sont-ils arrivés à cet endroit précis? Qui a décidé pour eux de leur présent sort?
Poésie lyrique ou élégiaque, chansons à texte ou nouvelles légères, l’objet, que je cite enfin, a toujours été un des sujets très présents de la littérature à l’heure où les détracteurs « spirituels » allaient bon train!
Devenons poètes ou « imagineurs » d’histoires à notre tour! Redonnons à l’objet une nouvelle vie plus reluisante, plus mystérieuse, plus humaine! Car derrière l’objet, il y aura toujours quelqu’un…
13 avril 2008
Le métro
« Les hommes éveillés n'ont qu'un monde, mais les hommes
endormis ont chacun leur monde. »
Héraclite
"Pour le petit parisien, il existe un instant crucial initiatique, c'est celui où, ayant compris le système des correspondances du métro, il contemple le petit rectangle de carton qui lui livre l'immense labyrinthe et avec lui toute la ville.»
Michel
Tournier extrait d'A l'ombre d'une de ces entrées
Rats, souris et souriceaux se posent des
questions tandis que les humains ont pris possession du lieu de prédilection
des rongeurs qu’est le souterrain. « N’y a-t-il plus assez de place à la
surface pour qu’ils empiètent sur notre territoire ? » se disent-ils
peut-être dans leur galerie gigogne ! Et tous les jours c’est le même cirque.
Des milliers de gens trainent leurs pieds et leurs valises dans ce gigantesque
« trou à rat » pour se rendre on ne sait où. Enfin, si, on sait à peu
près, Richelieu, Saint-Sulpice, Montparnasse-Bienvenüe… au choix !
Mais si tous les rats se ressemblent, les gens
qui fréquentent le métro parisien sont loin d’être semblables et ont encore
moins la même tête, c’est marrant ! On voit toutes les nuances de
couleurs, du blanc (de ma peau dans les transports en commun) au rouge (de mes
yeux à cause de la « lumière » qui y règne) en passant par le jaune
(dû à l’éclairage) et enfin le noir sombre des tunnels et le noir jovial de la
communauté africaine qui paradoxalement amène la plus grande variété de
couleurs de par leur habits multicolores. Ah, le monde entier se trouve dans le
métro, un petit concentré de planète bleue illuminée par des étoiles de néons. Aucune
frontière ne sépare les populations, et d’ailleurs, dans ce « grand
pays » où la densité de population est la plus importante, il n’existe
même plus l’espace vital… vital à chacun. Bienvenus en Promiscuité !
C’est peut-être pour oublier ce manque d’espace
qu’on s’ignore sans s’ignorer, se regarde sans se regarder. On est ici mais on
est ailleurs… Dès qu’on a mis un pied sur le sol maintes fois foulé du wagon du
métro, nous, usagers (les « usés » pour certains), nous adonnons à de
drôles de rituels et autres méditations, le summum de la rêvasserie : on
se bouche les oreilles de musique, on plonge tête la première dans les pages
cornées d’un bouquin qui ne voit que la lumière du matin et du soir, ou on
regarde à travers la vitre, quand on a la chance d’être près de la fenêtre ou
ses pieds quand on est debout en leur disant « Ne vous inquiétez pas,
encore six stations! ». On quitte tous les désagréments du monde physique
pour n’être plus qu’un esprit pensant car l’esprit est libre d’aller où il
veut, lui… L’espace confiné est donc une invitation au voyage sans carte
Navigo ! Leur corps, lui, se laisse transporter d’une station à l’autre
sans trop savoir où il est mais qu’il ne s’inquiète pas, l’esprit ne se perd
pas au point de rater un arrêt…
Quand on sort du wagon, ou plutôt de l’espèce
d’utérus collectif qu’a été le nôtre le temps d’un trajet, on revient de sa
pseudo-NDE un peu groggy -content de retrouver quelques molécules d’air
salvatrices- et on entame le chemin qui nous amène à la renaissance. Mais avant
de voir le jour (ou la nuit), les pas qui nous guident nous révèlent un monde étrange, digne d’un songe d’une nuit
des quatre saisons ! Chaque galerie repose sur un rêve dont
l’espace-temps n’est pas d’une évidence immédiate : la direction Tel vous
conduira dans les bas-fonds de la misère alors que la direction Untel vous
emmènera directement à l’opéra, représenté par dix musiciens concertistes en
pleine élucubration Mozartienne. N’est-ce pas magique !
Mais surtout, quel espace agréable lorsque l’on
cherche la petite bête ! Quelles lumières inspiratrices que celles du
grand tube effervescent ! Quelles scènes… bref. Le métropolitain autrement
bon…
11 avril 2008
Photo de rue...
« Ne prenez pas la
vie trop au sérieux, vous n’en sortirez pas vivant » Anonyme
Que se passe t-il dans la rue ? Apparemment des choses anodines, sans intérêt, tellement banales que des gens « traversent » la ville sans regarder autour d’eux. Pire ! Ils n’écoutent pas non plus. Les oreilles bouchées par des écouteurs qui déversent des sons certes agréables pour eux mais qui les déconnectent de la réalité qu’ils sont en train de vivre, ils avancent telle une ombre insaisissable. C’est dommage…
Les yeux également bouchés, ils avancent d’un pas rapide, espérant ne pas se faire remarquer, car, quand on se fait remarquer dans la rue, c’est qu’on a fait une bêtise ou qu’on nous accuse injustement de cette bêtise - la plupart du temps la deuxième proposition est retenue ! Ce refus d’appartenir à une communauté - j’irai jusqu’à dire à une espèce - dénote un mal de vivre citadin aigu chez beaucoup de personnes! Mais pourquoi ce repli alors que l’on vit soi-même dans la ville ?
Je voudrais faire recouvrer la vue à ces victimes. Oui, ces victimes de la Connerie environnante si typique des villes ! Car, en marchant sans écouter ni voir, ils se privent d’un spectacle amusant, troublant ou émouvant, même graphique et esthétique en voulant éviter le Con. Certes, des gens passent et repassent, on ne les connaît même pas mais ils sont là. Ils existent et évoluent dans le même décor, ils sont à côté de moi, en face, derrière… de l’autre côté de la rue, comme moi… Remarquons-les pour autre chose que pour leurs fautes !
Ils ne disent rien ou parlent en groupe, sont seuls mais ce que l’on peut voir, c’est bien plus que ça. Ce sont des allures, des attitudes, des gestes… des situations ! Il faut voir le monde en situation.
Qui sont ces personnes, à quel endroit se trouvent-elles, qu’y a-t-il de particulier qu’on se mette à les « voir » enfin ? On se doit de se poser ces questions pour que le monde inconnu qui nous entoure devienne une histoire qui le ferait apparaître bien plus intéressant et proche de nous.
Les journées sont rythmées par des habitudes, des allers et retours incessants qui font que la vie semble ne jamais s’arrêter et être toujours la même. Mais sont-ce toujours les mêmes gens ou badauds qui « empruntent » la ville? Eh bien, non. La ville vit, elle n’est pas que le théâtre d’embouteillages, d’engueulades pour les stressés du pavé ou du bitume, c’est aussi un lieu de rencontres en tous genres. C’est un insatiable regard sur la vraie vie avec ses drames et ses comédies, ses sentiments tous azimuts ou sur son indéniable errance. Arrêtons de regarder des programmes insipides à la télévision et observons la ville car là est le vrai spectacle !
Cette démarche, me direz-vous, est digne de quelqu’un qui s’ennuie dans sa vie. C’est possible… Mais c’est aussi peut-être l’envie de voir le monde et la ville autrement que la plupart des gens. Le but n’est pas de réhabiliter le Con dans toute sa splendeur - on ne s’y fera jamais - c’est bien de montrer à ceux qui ne veulent plus voir ce qu’ils ratent de merveilleux ou d’étonnant.
Osons s’arrêter un bref instant sur ces scènes parfois « imaginées » ! Est-ce un hasard si le mot image est une anagramme de magie ? Elle peut raconter tout autre chose que ce que la réalité a bien pu nous montrer. C’est selon votre imagination, alors donnez-leur une histoire !






